quinta-feira, 7 de maio de 2009

L'AMOUR DU MENSONGE



Quand je te vois passer, ô ma chère indolente,

Au chant des instruments quise brise au plafond

Suspendant ton allure harmonieuse et lente,

Et promenantl'ennui de ton regard profond;

Quand je contemple, aux feux du gaz qui lecolore,

Ton front pâle, embelli par un morbide attrait,

Où les torches du soirallument une aurore,

Et tes yeux attirants comme ceux d'un portrait,

Je medis: Qu'elle est belle! et bizarrement fraîche!

Le souvenir massif, royale etlourde tour,

La couronne, et son coeur, meurtri comme une pêche,

Est mûr, commeson corps, pour le savant amour.

Es-tu le fruit d'automne aux saveurssouveraines?

Es-tu vase funèbre attendant quelques pleurs,

Parfum qui fait rêveraux oasis lointaines,

Oreiller caressant, ou corbeille de fleurs?

Je saisqu'il est des yeux, des plus mélancoliques,

Qui ne recèlent point de secretsprécieux;

Beaux écrins sans joyaux, médaillons sans reliques,

Plus vides, plusprofonds que vous-mêmes, ô Cieux!

Mais ne suffit-il pas que tu soisl'apparence,

Pour réjouir un coeur qui fuit la vérité?

Qu'importe ta bêtise ou ton indifférence?

Masque ou décor, salut! J'adore ta beauté.


Charles Baudelaire

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